Haiti-Economie : Le budget 2016-2017 traîne encore au Sénat

La loi de finances 2016-2017 traîne encore au Sénat de la République après son dépôt le 30 juin 2016 à la Chambre des députés où elle a été votée, près d’un mois après le 25 août. L’exercice en cours arrive à terme dans moins de 20 jours. Les économistes Camille Charlmers et Eddy Labossière se disent préoccupés.

À travers le budget 2016- 2017 inséré dans la loi de finances, les priorités du gouvernement, comme le disait le ministre de l’Économie et des Finances Yves Romain Bastien, sont les élections et l’agriculture. À preuve, 55 millions de dollars américains sont prévus pour les élections. La part du budget accordée au ministère de l’Agriculture représente 5.7 % du budget avec 7 milliards de gourdes.

Avec une prévision de croissance économique de 2.2 %, le budget de 2016 – 2017 vise entre autres à maintenir la stabilité macroéconomique, créer un environnement favorable à la génération de richesses et d’emploi, assurer la poursuite du financement des élections, supporter l’agriculture, l’élevage, la pêche en maximisant leur impact sur l’économie, promouvoir l’entrepreneuriat et les partenaires publics privés, renforcer la politique d’accès à l’éducation. Lors de la séance qui se tenait à la Chambre des députés à la suite de laquelle le budget 2016–2017 a été voté, des désaffectations et réaffectations ont été faites. La Primature et la présidence, par exemple, ont vu leur enveloppe diminuée. Des fonds désaffectés ont été alloués à des secteurs sociaux comme l’éducation, la santé, entre autres. Pourtant, ces réaménagements peuvent échouer si le Sénat n’arrive pas au moins à voter le budget 2016 – 2017 dans les mêmes termes.

« Du coup, cela va avoir de gros impacts négatifs sur l’économie du pays qui n’est pas du tout stabilisée », avance Camille Charlmers, affirmant que des forces malintentionnées veulent la déstabilisation du pays dans pareille situation. « Si le budget n’est pas ratifié par le Sénat, les élections risquent de ne pas avoir lieu. Donc, le pays va être en proie à une instabilité politique avec tous ses effets négatifs sur l’économie », poursuit-il.

L’économiste Eddy Labossière se montre lui aussi préoccupé. « Si le Sénat n’arrive pas à se pencher sur le budget 2016 – 2017, les prévisions comme les 10 millions de gourdes qui devront être alloués à chaque commune du pays risquent de ne pas être prises en compte. L’allocation de 1 million de gourdes à chaque section communale, non plus », affirme-t-il, ajoutant que de toute façon, ce budget n’allait pas permettre à la population d’avoir un mieux-être dans la mesure où il sert pour une grande part à payer les salaires des agents de l’Administration publique.

L’enjeu est d’autant plus grand lorsqu’on sait que le Parlement avait 70 jours pour se prononcer sur la question à partir de la date de dépôt de ce budget, le 30 juin 2016. Aujourd’hui, ces 70 jours sont déjà écoulés. Pourtant, la question du budget 2016 – 2017 n’était même pas à l’ordre du jour dans la séance en Assemblée nationale, avortée avant-hier soir.

Joint au téléphone par le quotidien Le National, le président de la Commission Economie et Finances du Sénat, le sénateur Nènel Cassy, pense que l’institution à laquelle il appartient va statuer sur la question du budget de la nouvelle année fiscale «d’ici cette semaine». En outre, il pense que s’il y a une rectification à faire par le Sénat lors de sa prochaine rencontre sur le budget, la Chambre des députés va être l’objet d’une convocation à l’extraordinaire, sachant que les députés sont déjà partis en vacances. Laquelle convocation sera faite par le président de la République, dit-il.

Harrios Clerveaux

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