Haiti-Election: Voter comme jouer à la loterie (borlette)

Aujourd’hui plus personne ne croit réellement aux discours des candidats mais beaucoup préfèrent vivent comme s’ils y croyaient vraiment de manière à maintenir l’illusion démocratique telle que nous la connaissons dans cette forme de consensus manufacturé pour reprendre le propos de Chomsky. Ainsi, nous vivons en face de ce double mensonge: d’un coté, il y a les candidats qui croient mentir aux gens avec leurs discours vidés de tout sens et de toute substance et de l’autre, les gens qui feignent appuyer ces candidats mais qui sont en réalité enthousiasmés par les mille (1000) gourdes distribuées au moment des campagnes. En dessous de ce double mensonge, nous constatons également une double négation; la première consistant à se forcer à croire que les gens seront enthousiasmés par n’importe quel discours faisant appel à ce geste populiste visant à jouer la base contre le sommet; la deuxième réfute à priori une position citoyenne responsable et consistante pour embrasser un apparaître qui permet de vivre sa propre farce.

 

Il est clair que c’est la faute au système!

 

Effectivement, le système nous impose un jeu qui nous dépasse, maintenant ce n’est plus une question de savoir choisir  ou pas. En plus, il est à constater que ceux qui votent sont comme les joueurs de loterie, ou plus précisément de borlette qui se contentent seulement de prendre du galon (monter en grade) comme des grands perdants. Déconcerté, certains avancent ‘A bòlèt sa, monchè m pèdi twop ladan l » (J’ai perdu trop d’argent dans cette borlette), d’autres encore se fâchent  »Wouy, bòlèt son minasyon, mesye o fok mwen kite bagay sa » (Merde, cette borlette va me ruiner, je dois arrêter de jouer!). Mais plus tard on va les voir faisant la queue devant une petite cabine en bois pour jouer, car le fait de plaindre leur sort ensemble et d’avoir cette expérience de perdant augmente leur engouement à persévérer dans ce jeu. Perdre beaucoup devient sinon ce qu’identifie les grands joueurs du moins, les caractéristiques d’un vrai joueur. D’autre part, on sait que quelques uns gagnent toujours quelque soit le numéro en question, mais pas tout le monde.

 

 

 

 

 

La politique haïtienne nous amène sur un terrain similaire, chaque fois qu’on vote, on est reproché d’avoir mal voté, ou d’avoir voté la mauvaise personne. Nous n’arrêtons pas de perdre, d’avoir le mauvais numéro, mais nous nous réconfortons dans la détresse de notre sort en continuant tout de même à voter…Mais comme il est dit pour la borlette, quelqu’un gagne toujours, et ceci nos élus, leurs familles, leurs clans ne perdent jamais. Autrement dit la victoire politique en Haïti est toujours une question de caste (colonne). De même que beaucoup jouent à la loterie pour que quelques uns gagnent, de même que le peuple vote toujours pour qu’un petit groupe soit victorieux. L’histoire de la politique en Haïti nous le montre d’ailleurs, la victoire est toujours du coté d’un groupe oligarchique qui se renouvelle soit par les armes, soit par des élections truquées, montées de toutes pièces. Le reste de la population est là pour légitimer le statu quo tout en sachant qu’ils sont les grands perdants, néanmoins ils s’obstinent dans cette voie et continuent à vanter leur expériences.

 

Ainsi, nous soutenons que voter c’est effectivement jouer à la loterie (la borlette), et les perdants sont majoritairement « les sans part », le peuple. Il reste à la psychologie ou la psychanalyse quelque chose à analyser qui est sans doute cette fascination pour la borlette au moment du jeu, c’est comme si la victoire se tenait juste là mais pas dans les résultats. Dans la politique haïtienne, la victoire est à ce niveau également, toujours dans le vote, les élections mais jamais dans les résultats. Et le peuple est ce perdant qui choisit toujours les mauvais numéros. Autrement dit cette démocratie parlementaire nous amène à une borlette sans fin ou les grands perdants constituent le peuple et les quelques gagnants, les groupes oligarchiques qui jouent pieds et mains afin que pérennise le système…

 

 

Nicodem Jean-Baptiste

Journaliste/Certifié en Psychologie

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