Haiti-Politique : La Lutte Pour La Rupture Est Entrée Dans Une Phase Critique, Selon Beaucoup D’observateurs Lucides et Objectifs.

Pour beaucoup d’observateurs lucides et objectifs, la lutte pour la RUPTURE est entrée dans une phase critique. Elle peut déboucher soit sur un soulagement pour un peuple qui en a marre de souffrir à cause de la mauvaise gouvernance, de la corruption, de l’incompétence et de l’immoralité de ses dirigeants, soit dans une impasse à cause d’une opposition implacable et irréductible dans sa volonté de chasser le Président Jovenel Moïse du pouvoir, sans avoir méthodiquement préparé l’après-Jovenel et sans avoir planifié les réformes nécessaires, la neutralisation de la corruption et une bonne gouvernance jusqu’aux prochaines élections.

Entretemps, les positions se durcissent. Certains acteurs se pourlèchent les babines parce-qu’ils prennent déjà l’odeur du  » ôte-toi que je m’y mette » alors que d’autres insistent sur un dénouement annonciateur des étapes, telles une nouvelle constitution et une conférence nationale, au bout desquelles seront jetées les semences d’une Haïti souveraine, stable, libre et productive, marquée par la création de richesse, la bonne gouvernance, l’état de droit, la justice sociale et bien plus d’emplois que de chômage. Bref, une nouvelle Haïti qui redonne l’espoir à toutes et à tous, parce que les intérêts de chacun contribueront à améliorer l’intérêt collectif, pour le bien-être de tous.

Mais, avant d’en arriver là, force est de constater l’état actuel de la situation.

1- Le Président ne veut pas démissionner, non parce qu’il est fort ou populaire mais tout simplement

A- parce qu’il est incertain du sort que lui réservent ses adversaires politiques .

B- parce qu’il est incertain de trouver un pays d’accueil, vu la lutte généralisée à travers la planète menée contre les dirigeants corrompus .

C- parce qu’il sait que, pour l’instant, le Gouvernement américain a encore besoin de lui à l’OEA dans son acharnement contre le Venezuela de Maduro.

2- Ces trois dernières semaines, l’Opposition Démocratique s’est beaucoup renforcée, grâce à la détermination farouche et inébranlable du peuple, dans les rues de Port-au-Prince et dans les grandes villes de la province, qui réclame haut et fort le départ de Jovenel.

3- Quant aux américains, ils tentent de remettre les pendules à l’heure à travers le Core Group en organisant des réunions avec tous les partis politiques, même les plus insignifiants, rencontrant des hommes et des femmes qui n’ont plus rien à dire tant ils sont épuisés et discrédités.

En agissant ainsi, le Core Group se définit et se comporte comme l’instance décisionnelle Suprême en Haïti. Malheureusement, c’est bien le cas aujourd’hui, mais cela devra changer sitôt qu’Haïti retrouvera sa double souveraineté financière et politique pour redevenir un Etat, dans toute l’acceptation républicaine du terme, c’est-à-dire un pays capable d’offrir tous les services de base à sa population et de permettre à sa jeunesse de réaliser et de matérialiser ses rêves, ses ambitions et ses aspirations.

La route est longue et périlleuse car les Conzés sont partout et se retrouvent tantôt comme porte-paroles déguisés et sans gêne du Core Group, tantôt comme doublures, tantôt comme semeurs de troubles et de divisions.

En fait, la majorité des protagonistes sont inflexibles dans leur position, sinon la crise haïtienne aurait été déjà résolue. Si, hier, les conditions de vie dans cette île étaient désastreuses, aujourd’hui elles sont devenues catastrophiques, impossibles, inacceptables et intenables et même le risque d’une crise humanitaire de grande envergure, n’est pas à écarter. Toutes les couches sociales, tous les citoyens indistinctement, exigent une SOLUTION ou tout au moins une trêve, en vue de la trouver.De toutes les façons, quelqu’un produira le changement réclamé tambour battant par la population ou quelque chose devra changer puisque le statu quo est intolérable.

Serait-il trop tard ? Les églises, l’ensemble des Intellectuels, le Patronat et même le Parlement décrié, se sont prononcés en faveur d’une solution négociée, réaliste et acceptable pour tous. Mais cela n’arrivera jamais si les acteurs haïtiens refusent de se parler, de se rencontrer, de se regarder dans les yeux. Chaque camp compte sur l’épuisement de l’autre. C’est la politique de la terre brûlée. Être Président, voire vouloir ou aspirer à l’être un jour, exige un sens profond et aigu des responsabilités qui émanent de cette fonction si majestueuse et une capacité inaltérable d’accepter des sacrifices.

C’est fort embarrassant de voir nos leaders rencontrer des étrangers et en même temps refuser de rencontrer le Président de la République. Malgré le déficit de crédibilité, l’incapacité de ce dernier à comprendre et habiter la fonction présidentielle, ces leaders devraient prendre le contre-pied d’une pareille posture, faire preuve de bonne foi et signaler un retour au respect de la noblesse qu’exige l’institution de la PRESIDENCE tant vilipendée de nos jour dans les médias et par certains acteurs politiques. Vous devriez faire la différence entre l’homme et l’institution, ce qui témoignerait de votre volonté réelle de renforcer les institutions au cours de la transition et après les prochaines élections.

Offrez donc à Jovenel Moïse l’opportunité de s’excuser publiquement de n’avoir pas su saisir les multiples opportunités de dialogue politique précédemment offertes et de fournir aujourd’hui finalement le gage de sa sincérité dans cet ultime, indispensable, nécessaire et inévitable dialogue pour sortir le pays de cette crise qui sape ses assises. Assurez le “vivre-ensemble” de ceux qui l’avaient voté et de l’écrasante majorité qui s’était abstenue et permettez-lui une sortie honorable, Chers amis de l’Opposition. Faites preuve de magnanimité face à un adversaire aux abois et impénitent.

Rassurez, dès maintenant, nos partenaires internationaux et spécialement les américains, que le gouvernement provisoire/de transition, une fois mis en place, n’envisagera pas de changer les engagements internationaux du gouvernement actuel. Un gouvernement provisoire/de transition ne doit pas avoir une telle mission, mais plutôt procéder à l’organisation du grand procès de Petro Caribe, de la conférence nationale et des élections générales libres et honnêtes, en octobre 2020, sous l’égide d’une nouvelle Constitution mieux adaptée à nos besoins et à notre réalité.

Alors, le Core Group et les américains en particulier, rassurés et n’ayant plus d’inquiétude, devraient faciliter le dialogue entre les antagonistes avec plus d’objectivité, sans à priori et avec toutes les cartes sur la table, si toutefois nous continuons à refuser un dialogue inter-haïtien.

Tout se joue là !

Les intérêts américains à l’OEA requièrent le maintien du Président décharné, au crâne rasé et édenté, au Palais National.

Oui, voici la raison pour laquelle ils refusent de lâcher Jovenel qui est, pour eux, un allié sûr et docile contre le Venezuela de Maduro.

Ainsi, la lutte pour la RUPTURE avec l’ancien système, que le pouvoir de Jovenel représente, doit se faire tant sur le plan National qu’International.

Lari inpôtan sé vré men li pap sifi !

Le peuple a déjà gagné la première manche avec son rejet bruyant et tangible de la corruption et de la mauvaise gouvernance que symbolisent Jovenel et ses acolytes. Ce rejet, aujourd’hui, a un retentissement mondial. Jovenel a perdu la bataille des rues, des images et de la communication. Il revient maintenant à vous de gagner la bataille diplomatique et, ce faisant,  » Jojo ap dòmi déyò… » Et surtout, souvenons-nous que la violence, bien que parfois inévitable et nécessaire, n’est jamais une fin en soi.Elle est une arme à double tranchant et se retourne toujours contre ceux et celles qui l’utilisent trop longtemps.

Dans une lutte il y a des Temps…et des Moments…Et Aujourd’hui c’est le Temps de trouver une Solution. Et Demain viendra le Temps de la Réconciliation,de la Prospérité et de la Paix.

Père Jean-Miguel Auguste
miguelnov19@gmail.com

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