Le juge Al Duniel Dimanche se déporte

Suite aux demandes de deux des trois accusés, nommément Sandro Joseph et Pierre Hermann Remedor, le juge Al Duniel Dimanche s’est retiré du dossier. Seul l’inculpé Pierre Marcelin Jean Philippe ne s’était pas astreint à cette décision lors de la séance du mardi 16 août 2016 au Tribunal de première instance de Port-au-Prince.

Nouveau départ dans l’affaire de l’ancien directeur général de l’Office national d’assurance vieillesse (ONA), Sandro Joseph. Le juge Al Duniel Dimanche s’est enfin déporté de la connaissance de ce dossier suite à une cabale initiée contre le magistrat et le représentant du ministère public par les avocats de l’accusé en question et des militants des organisations de droits humains. Dès l’entame de la séance, l’audience a été très animée. Les avocats du conseil de la défense ont articulé toute leur plaidoirie autour de la déportation du président du tribunal. Qu’il s’agisse, entre autres, des Mes Edwin Coq ou de Manès Joseph Louis. L’étau s’était resserré autour du magistrat. Seul l’avocat de Pierre Marcelin Jean Philippe, Gordiny Jean Philippe, se sentait confortable et ne s’était pas inscrit dans cette démarche. Une demande à laquelle s’est astreint le juge sur fond de déconvenues et de frustrations.

Pour tenter de convaincre les avocats de la défense, le président du tribunal s’est focalisé sur la position médiane qu’il a toujours eue dans le traitement de ses dossiers. Ce qui importe pour le conseil de la défense est sa déportation qui n’est pas négociable. Et comme de fait, souligne Me Dimanche, il se retire de cette affaire.  « Ce sera pour le triomphe de la justice », lance-t-il.

Et le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Jean Danton Léger, a fait irruption dans le prétoire. Il s’aligne sur la position des avocats du conseil de la défense sollicitant du magistrat l’octroi de la parole au notaire accusé dans le cadre de cette affaire, Pierre Hermann Remedor. Le juge du tribunal s’est senti déstabilisé. Il a évoqué cette intervention soudaine du chef du Parquet, présent pour la première fois depuis le début de ce procès. L’ancien député de Léogâne a fait monter la pression en disant : « Je sais pertinemment que vous allez faire droit à sa requête ». Mais le magistrat n’a pas capitulé. À ce moment, le chef de la poursuite s’impose pour rappeler au doyen du tribunal que l’on est au tribunal criminel. « Le droit de la défense ne saurait être bâillonné. L’accusé veut parler. Il veut dire quelque chose. Le tribunal doit lui permettre de s’exprimer. Il s’agit d’une question d’équité », a-t-il déclaré.

Le juge Al Duniel Dimanche a rétorqué en disant que la procédure en matière criminelle est tracée. C’est-à-dire, explique-t-il, nous sommes à une phase où un interlocutoire avait été rendu. Et en tant que tel, il devait être exécuté à la diligence du ministère public. Voulant dissimuler sa déception, il s’est référé à une disposition légale. « Dans l’intérêt de prioriser une justice saine et impartiale, comme on le souhaite toujours », a-t-il martelé.

La déportation du juge ne signifie pas la fin du dossier

Présent à l’audience, l’ancien titulaire du MAST, Gérald Germain ne s’est pas montré inquiet quant à son implication dans ce dossier. Respectueux de la justice, il a fait remarquer que même lorsqu’il n’aurait reçu aucune invitation, il devait faire acte de présence au tribunal compte tenu du fait que son nom a été cité dans la note paraphée par le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince. À la question de la déportation du juge, l’ancien titulaire a déclaré que cette initiative n’entraine pas automatiquement la fin de cette affaire. Car, il se mettra au service de la Justice.

Dans la foulée, l’ancien député Poly Faustin a indiqué que sa présence au Palais de justice participe d’une démarche visant à recueillir des informations. Et en tant que citoyen, nous apportons notre collaboration à ladite institution. « Notre bureau avait bénéficié d’une subvention de l’Office national d’assurance vieillesse dans le cadre de l’organisation des festivités carnavalesques en 2005 ».

Somme toute, il convient de souligner qu’au regard de l’avant dire droit rendu en date du 28 juillet dernier, plusieurs hauts fonctionnaires de l’État cités dans ce dossier avaient comparu à l’audience de ce mardi 16 août. Il s’agit, entre autres, de Jean Beauvois Dorsonne, Jonas Coffy, Etzer Valentin, Ogline Pierre, Poly Faustin.

L’ancien ministre des Affaires sociales et du Travail (MAST), Gérald Germain, faisait également partie des personnes à fournir des renseignements auprès du juge Al Duniel Dimanche. La présence de l’ancien président de la République, René Préval, dont le nom a été cité dans l’avant dire droit rendu en date du 28 juillet dernier, n’a pas été remarquée dans cette modeste salle d’audience (1re chambre civile) archicomble.

Reynold Aris raris@lenational.ht

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