INVESTISSEMENT : AU GHANA, LE SECTEUR AGRICOLE FAIT MOINS PEUR AUX BANQUES

En développant des mesures incitatives, des formations et une assistance technique, un projet de financement de l’agriculture ghanéenne (FinGAP) a changé la façon dont les institutions financières et les prestataires de services de conseil aux entreprises travaillent avec le monde agricole.

Avec des financements, des micro-, petites et moyennes entreprises peuvent acquérir des machines. © USAID FinGAP

Depuis son lancement en juillet 2013, le projet FinGAP a facilité l’octroi de plus de 123 millions d’euros de financements et d’investissements à plus de 2 700 agroentreprises actives dans les chaînes de valeur du maïs, du soja et du riz dans le nord du Ghana, dépassant ainsi largement son objectif de débloquer 60 millions d’euros de prêts. Comment y est-il arrivé et quelles leçons les banques et gouvernements d’autres pays ACP peuvent-ils tirer de ce projet ?

Développer les capacités

FinGAP avait des objectifs multiples : développer un marché de services de conseil aux entreprises, renforcer les capacités de plus de 50 institutions financières en leur fournissant des formations aux outils financiers, en les mettant en contact avec des partenaires et clients potentiels et en changeant leur façon d’aborder le secteur agricole. Auparavant, beaucoup de banques considéraient l’agriculture comme un secteur à très haut risque mais, comme le nombre de prêts non performants dans le portefeuille de FinGAP est inférieur à la moyenne du secteur, ce projet a démontré que l’agriculture est un marché porteur, selon Amanda Grevey, directrice de la croissance économique de la société Palladium, qui a mis en œuvre le projet FinGAP.

Andrew Ahiaku, directeur de la section des prêts aux agroentreprises chez Barclays Bank Ghana – qui a surpassé les autres participants en faisant passer ses prêts aux chaînes de valeur du maïs, du soja et du riz d’environ 565 000 euros à un peu plus de 48 millions d’euros –, explique que FinGAP a aidé la banque à mettre sur pied la structure et la capacité adéquates pour soutenir le financement de l’agriculture. Andrew Ahiaku a appris que les banques doivent élaborer une stratégie formelle de prêts au secteur agricole, créer une équipe spécifique dirigée par un responsable suffisamment haut placé dans la hiérarchie pour “nouer un dialogue utile” avec la haute direction, et investir dans la formation des membres de cette équipe.

Gérer les risques

Selon Andrew Ahiaku, bien que les prêts au secteur agricole ne comportent pas un risque aussi élevé qu’on le pense habituellement, il est crucial d’orienter les institutions financières vers les outils disponibles pour la gestion du risque, comme l’a fait FinGAP. Grâce à une stratégie rigoureuse de gestion du risque, Barclays Ghana n’a connu que deux créances douteuses depuis le lancement de FinGAP : un prêt de 20 millions GHS (3,5 millions d’euros) à un éleveur de volaille et un prêt de 800 000 GHS (142 000 euros) à une ferme aquacole, mais des discussions sont en cours pour renégocier l’une d’elles.

FinGAP a aussi aidé Barclays Ghana à limiter le risque encouru sur certains contrats en la mettant en rapport avec Eximguaranty, un organisme local de cautionnement pour les institutions financières qui prêtent à des petites et moyennes entreprises au Ghana. Certains clients de la banque ont aussi été soutenus par le Ghana Agricultural Insurance Pool, un groupe d’assureurs ghanéens qui proposent principalement des assurances indicielles contre la sécheresse pour le maïs et le soja. Des programmes tels que Ghana Planting for Food and Jobs, qui offrent un marché garanti pour les produits des agriculteurs, renforcent aussi la confiance des banques vis-à-vis de ce secteur.

Créer de nouveaux produits

Pour prêter de façon durable aux petites agroentreprises, les banques doivent créer des formules de prêt novatrices. FinGAP a présenté aux banques plus de 33 outils, dont des prêts sans garantie. Financer via la chaîne de valeur est un moyen d’éviter le besoin d’une garantie. En 2015, par exemple, Barclays Ghana a financé indirectement des petits cultivateurs de maïs par le biais d’un prêt de 3 millions GHS (533 000 euros) à un producteur de volaille, qui a utilisé ces fonds pour acheter et prêter des intrants à ces cultivateurs. Les taux de recouvrement parmi les petits cultivateurs – qui ont remboursé l’éleveur en nature avec des aliments pour volaille – ont dépassé les 98 %, ce qui a encouragé la banque à doubler cet instrument de prêt en 2016. Barclays Ghana a aussi lancé des “prêts à tempérament aux entreprises” sans garantie, pour un montant maximum de 200 000 GHS (35 500 euros), destinés à de petits exploitants et revendeurs, qui ont remboursé leur prêt immédiatement à la fin de la production.

Encourager et soutenir les précurseurs

Plus des trois quarts des financements facilités par FinGAP ont été au moins partiellement portés par un système de financement axé sur les résultats, qui a octroyé des financements aux banques ayant atteint, dans les délais impartis, des objectifs de prêts prédéterminés. “Ce système a fait office de stimulant fantastique”, s’enthousiasme Amanda Grevey.

En ciblant au départ des banques qui étaient déjà clairement intéressées par une extension de leurs portefeuilles dans l’agrofinance, FinGAP a aussi pu s’appuyer sur leurs succès pour prouver à d’autres banques ce qu’il était possible de réaliser et pour créer un climat de concurrence. Toutefois, environ 50 % des prêts accordés via FinGAP l’ont été par deux banques seulement : Barclays et Ecobank. D’après Andrew Ahiaku, qui a demandé que le projet FinGAP soit renouvelé, le secteur a encore besoin d’au moins deux autres banques à l’appétit similaire.

Helen Castell

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