Léon Charles, pourra-t’il proposer une solution durable face à l’insécurité et la gangstérisation d’Etat en Haïti ? Une réflexion du jeune Kerlens Tilus

« Donnez-moi un point d’appui et un levier et je soulèverai la terre. » (Archimède)

« Il est de plus en plus clair que l’Empire est en crise et tente de se restaurer en sombrant dans le fascisme aux États-Unis, en Haïti et dans le monde. Le contexte actuel marqué depuis l’hiver 2020 par l’éclosion de la pandémie de Coronavirus fournit un prétexte aux politiques autoritaires et liberticides. Dans de nombreux pays, les gouvernements profitent de ce contexte pour démanteler les conquêtes démocratiques formelles défendues par les sociétés civiles et faire passer des réformes. C’est le dramaturge allemand Bertholt Brecht (1898-1956) qui disait que le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise. Dans cette même veine, le philosophe français Jean Paul Sartre (1905-1980) nous rappelle que ce qui définit le fascisme ce n’est pas le nombre de victimes qu’il fait, mais la façon dans laquelle il tue ses victimes. Aux États-Unis comme en Haïti, l’État cautionne la brutalité policière et la terreur paramilitaires (milices / milices blanches dans un contexte et gangs de quartier dans l’autre) contre les populations dissidentes….En Haïti, la montée au pouvoir depuis 2010 des « bandi legal » a exacerbé la culture du viol et de l’impunité, avec plusieurs bureaucrates du gouvernement, des personnalités médiatiques influentes et des chefs de gang notoires accusés pour agression sexuelle systématique et violence. Les habitant-e-s des quartiers populaires connu-e-s pour lutter contre leur abandon sont la cible constante de massacres d’État….L’ambassade des Etats-Unis en Haïti est la quatrième plus grande ambassade des États-Unis au monde. Bien que Jovenel Moise ait été identifié (avec d’autres responsables de l’État et des chefs d’entreprise transnationaux clés) dans le gaspillage de 4.2 $ milliards de fonds PetroCaribe, le Core Group – les Etats-Unis en tête – a soutenu sans condition Jovenel Moise depuis son élection frauduleuse en 2016 [1]. » (James Darbouze)

Léon Charles est bien sûr un élément bien formé qui a acquis de nombreuses compétences durant ces quinze dernières années, mais il ne pourra guère proposer une solution durable face à l’insécurité et la gangstérisation d’Etat en Haïti. Dans un texte soumis à Alterpresse le 14 Novembre 2020 « Les États-Unis d’Amérique, l’illusion démocratique et nous en Haïti ;
Séquence historique d’exception et politique étrangère d’un pays pris dans l’étau du néolibéralisme. », le Philosophe, sociologue, enseignant-chercheur indépendant et militant haïtien James Darbouze explique avec brio que « la démocratie étasunienne pour Haïti signifie « n’importe qui au pouvoir y compris les tortionnaires sauf les porteurs/porteuses d’un projet alternatif national populaire de gauche ». » Jovenel Moise n’a pas choisi Léon Charles comme Directeur Général de la PNH, on lui a imposé ce choix. Léon Charles retourne à la PNH dans un contexte de grandes turbulences et de turpitudes avec des gangs bien armés par les nantis et les politiciens « avadras » de la République qui, depuis 34 ans tiennent le pays en otage en asphyxiant toute une population. Je vous encourage tous à lire le texte bien documenté de James Darbouze pour comprendre le jeu macabre du Blanc en Haïti. Léon Charles comme pion des Américains, sait très bien qu’un « certain agent de la CIA », citoyen haitiano-américain, Conseiller du Président Jovenel Moise au Palais National, Représentant les sociétés secrètes dans le Grand Sud, Entrepreneur circonstanciel, établit la liaison entre le Palais National et les gangs de la République, surtout les gangs du Département de l’Ouest.

Léon Charles a le triple chapeau d’ancien militaire, d’expert en sécurité publique et de diplomate ; mais aucun de ces chapeaux ne l’aidera dans sa tâche ardue. Quelle est la mission présumée de Léon Charles à la tête de la Police Nationale d’Haïti avec un Etat-Major composé dans sa grande majorité de voyous, de trafiquants de drogues et de kidnappeurs liés à la mafia locale ? Léon Charles est un allié sûr de Michel Martelly et de Laurent Lamothe qui a servi le régime « Tèt Kale » pendant une bonne dizaine d’années près. Le DG de la PNH a pour mission de rétablir la confiance de la population, porter les gangs liés au régime en place à être moins en vue, combattre les gangs des mercenaires politiciens lavalas et préparer le terrain pour des élections-sélections pour maintenir le PHTK au pouvoir. Rappelons que Michel Joseph Martelly, l’un des dilapidateurs des fonds Petrocaribe est en campagne à Washington D.C., surtout au Département d’Etat, base du « Deep State » pour faire son retour en force en 2022. Un fidèle serviteur comme Léon Charles est un grand atout. Les « Tèt Kale » sont prêts à tout pour retourner au pouvoir et bloquer la reddition des comptes et la tenue du Procès Petrocaribe.

Avant d’avancer, j’aimerais faire un rappel pour les jeunes de moins de trente ans qui n’ont pas connu Léon Charles entre 2004-2005. Léon Charles a servi le pays comme DGPNH durant seize mois, entre 2004-2005 où il avait la dure responsabilité de combattre les gangs armés et les kidnappeurs, surtout ceux liés au régime Lavalas mené par Jean Bertrand Aristide, un parrain de la drogue. Certains journalistes liés à Aristide vous diront que « l’Opération Bagdad » n’a jamais existé, que Léon Charles avait échoué, qu’il est un assassin qui a perpétré de nombreux massacres. Mais, ils n’auront jamais le courage de vous expliquer qu’après le retour de Jean Bertrand Aristide en Octobre 1994, Haïti est devenu une plaque tournante de la drogue. Et, bien sûr, là où il y a le trafic de la drogue, les gangs armés pullulent et l’insécurité est grandissante. De 1999 à 2004, il y a eu un combat entre les trafiquants de drogue liés au régime Lavalas et les soit disant « nantis d’Haïti » pour le contrôle exclusif de territoire et du trafic de la drogue. C’est avec Jean Bertrand Aristide que les gangs armés comme on les connait aujourd’hui en Haïti, ont pris naissance. Il ne faut pas confondre milices et gangs armés. Le Sociologue Jean Eddy Saint Paul a traité dans sa thèse de doctorat la question de milices en Haïti. Voilà pourquoi le pays n’a pas pu fêter le Bicentenaire de l’Indépendance en grande pompe.

Léon Charles a fait ce qu’il devait faire durant son passage à la tête de la PNH. La situation d’alors n’était pas différente de celle que nous ne vivons aujourd’hui même avec une force étrangère de plus de 8,000 hommes dans le pays. Les Etats-Unis d’Amérique et le Core Groupe ont toujours prôné dans leurs relations avec Haïti une politique de « diviser pour régner » et « Big Stick », donc, il n’y a aucune volonté pour rétablir la paix en Haïti. Vous êtes de grands enfants, vous savez bien que les « anciens enfants de rues » abusés par des pédophiles et les politiciens lavalas dans le temps qui sont devenus les « Caïds » d’aujourd’hui, n’ont pas les moyens financiers pour acheter les armes lourdes et les munitions. Le HASOW (Humanitarian Action In Situations Other than War) a publié en 2013 une recherche sur la violence organisée en Haïti titrée : « Revisiting Haiti’s Gangs and Organized Violence » sous la direction de Athena R. Kolbe. Dans ce document, il est écrit que ce sont les hommes d’affaires et les politiciens qui contrôlent les gangs armés et qui les approvisionnent en armes lourdes et munitions. Donc, il n’y aura jamais une volonté politique de trouver une solution durable à cette insécurité et gangstérisation bien planifiée. Léon Charles pourra toujours désarmer les gangs de l’opposition constituée face à Jovenel Moise en partie ; mais il ne pourra jamais trouver une solution durable. En outre, les Américains ne donneront aucune chance à Haïti et aux Haïtiens pour vivre dans un havre de paix s’ils ne se tiennent pas debout eux-mêmes pour prendre leur destin en mains. Quand on regarde les bouffons de la classe politique et nos compatriotes de la Société Civile, on ne voit pas cette velléité de se tenir debout pour mener la lutte pour la libération du pays et pour l’autodétermination.

Un an de cela, Jean Rebel Dorcénat, l’un des membres de la CNDDR a informé la presse que le commerce des armes est contrôlé par 11 personnes issues du secteur prive haïtien. « Selon Jean Rebel Dorcénat, membre de la Commission Nationale de Désarmement, Démantèlement et Réinsertion, ces hommes armés sont à la solde de membres de l’exécutif, de l’opposition et du secteur privé. » Léon Charles ne sera pas différent d’un Mario Andrésol et d’un Michel-
Ange Gédéon, tous des agents étrangers en Haïti. L’insécurité est très bien planifiée en Haïti, et elle fait l’affaire des nantis et des différentes élites. UN DGPNH n’a pas les coudées franches et surtout dans cet environnement volatile. Jovenel Moise doit partir le 7 Février, mais rien indique qu’il partira puisqu’il pose des actions anticonstitutionnelles qui laissent présager qu’il veut organiser des élections législatives qui ne peuvent avoir lieu avant le mois de Mars. Les politiciens et militants lavalassiens montent au créneau pour mener une campagne diffamatoire contre Léon Charles, mais ils ne sont pas en mesure de proposer une alternative face à cette situation alarmante que nous vivons où les bandits font du barbecue avec de la chair humaine. Ce qui se passe journellement en Haïti actuellement est inédit ; nous avons l’impression que des démons contrôlent le territoire national et nos dirigeants sont endiablés. Léon Charles n’est pas maître de lui-même et il ne reçoit pas ses ordres du Palais National comme c’était le cas pour Normil Rameau. La classe politique actuelle, cette société civile ayant à sa tête des mercenaires et ce secteur privé, composé en grande partie de contrebandiers et d’évadés fiscaux n’ont aucune velléité pour préparer l’après Jovenel Moise dans le calme et la sérénité à travers une « Transition Fondatrice ». Léon Charles doit se garder de perpétrer des massacres sur le peuple déjà meurtri.

Les gangs armés n’ont pas cette toute puissance qu’on veut nous faire croire. Jean Rebel Dorcénat doit donner le nom de ces 11 bandits à cravates du secteur privé qui contrôle le trafic d’armes. Chers lecteurs et compatriotes, Mr. Dorcénat a communiqué cette information en Novembre 2019 ; le rapport de HASOW a été publié en 2013, jusqu’à date, la classe politique et les organisations de la société civile ne font montre d’aucune conscience patriotique. Ils ne font que courir après l’argent et se batailler pour des intérêts de clan. Qui va contrôler Léon Charles dans ces actions, surtout qu’il est nommé dans l’illégalité absolue par un Premier Ministre inconstitutionnel ? On patauge dans l’inconstitutionnalité flagrante. Nous avons un pays dirigé par des autoproclamés bandits légaux et des tortionnaires cupides dans tous les camps ; le président de la République dirige par décret et veut changer la Constitution en dehors des normes établies. Le problème de l’insécurité et de la gangstérisation ne peut être résolu par la force ; il faut bien aller en amont, c’est-à-dire, tacler la délinquance juvénile, assurer l’éducation des orphelins et des jeunes, investir dans la mise en place des écoles professionnelles, des universités publiques de qualité, investir dans la formation d’enseignants et des professeurs. On ne combat pas la violence avec des armes, mais avec des politiques publiques adéquates. Nous ne pouvons pas compter sur ces bandits en position de pouvoir en Haïti, ni ceux au sein de la classe politique et du secteur privé.

James Darbouze avance dans son texte que « Il est un fait indéniable que depuis l’accession au pouvoir de Michel J. Martelly en 2011, le seul intérêt de ceux que les blancs placent au pouvoir en Haïti, consiste à travailler pour que les « blancs » les aident à se conserver le plus longtemps au pouvoir. » Léon Charles a moins de trois mois pour prouver son savoir-faire. Je suis sceptique qu’il sera en mesure de faire quoi que ce soit de positif avec cette PNH gangstérisée. Léon Charles, à l’OEA n’a pas été fameux, et l’on connait que l’OEA n’a jamais été du côté des vilipendés en Haïti. Est-ce que le DGPNH va pouvoir se désolidariser avec ses anciennes acquaintances pour marquer son passage d’une pierre blanche ? J’espère bien que Léon Charles puisse m’étonner. Je termine ce texte avec un extrait d’une lettre que notre Frankétienne National a adressé au Président Donald J. Trump la semaine dernière :

« Terre de liberté, elle fut projetée dans la Lumière de l’Indépendance en 1804. La saison épique fulgurante ne dura que l’« espace d’un cillement » à cause de l’assassinat du Père Fondateur, l’Empereur Jean-Jacques Dessalines. Depuis cet évènement malheureux, la fabuleuse Haïti fut plongée dans un horrible cycle de turbulences et de conflits inapaisables.

Une insupportable descente aux enfers. Une succession de catastrophes mortifères. Un opéra d’apocalypse tel un chaos macabre inachevable. Un scandale lugubre destructeur nourri par l’égocentrisme des classes dirigeantes antinationales et par les interventions agressives revanchardes de nombreuses puissances colonialistes, néocolonialistes, impérialistes, hypocrites, et maîtresses du double jeu. Une politique et une diplomatie gorgées de mensonges, de cynisme, de coups bas et de trahisons. Ces bacchanales anéantissantes s’étendirent sur plus de deux siècles jusqu’à ce qu’aujourd’hui nous soyons considérés comme un « shit hole country », tandis que nos dirigeants ont presque tous avalé ces insultes, ces injures, ces offenses, de manière passive et répugnante. »

Mr. Léon Charles, prends garde que notre pays ne « sombre dans l’abîme et le néant par manque de lucidité, un déficit de générosité, une absence d’humanisme, une hypertrophie des réactions dominatrices et prédatrices. » Cher DGPNH, la vie est un cadeau de Dieu, nous devons la protéger. Un homme tué, violé, kidnappé ; une femme tuée, violée, kidnappée ; est une victime de trop. Sache que « L`homme ne s`affermit pas par la méchanceté, Mais la racine des justes ne sera point ébranlée. » (Proverbes 12 v 3).

Kerlens Tilus 11/17/2020
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