Les Réflexions Du Père Jean-Miguel Auguste Sur Le Racisme Dont Sont Victimes Les Noirs Aux Etats-Unis

Pendant que des milliers de jeunes haïtiens et jeunes haïtiennes défilent dans les rues de la capitale du pays pour protester contre la brutalité policière aux Etats-Unis et en mémoire de George Floyd, le Président haïtien se prononce sur le racisme dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis.

Aumicro, il fait l’historique de la traite des Noirs au 17ième siècle, de la révolte des esclaves à St Domingue, de leur victoire sur l’armée napoléonienne commandée par les Généraux Leclerc et Rochambeau “le cruel“, de la déclaration de l’indépendance irréversible D’HAÏTI, le 1er Janvier 1804 aux Gonaîves , de la volonté inébranlable des citoyens de la jeune nation de vivre libres ou de mourir. Et surtout, il rappelle que Haïti fut le premier pays au monde à accueillir des afro-américains qui fuyaient la brutalité des plantations et la cruauté des esclavagistes du sud des Etats-Unis.

Son pays, aujourd’hui, accuse le taux de chômage le plus bas de l’hémisphère et une croissance économique de plus de 8% ces 25 dernières années, les autoroutes sillonnent tout le territoire national, des routes serpentines bitumées brodent les flancs de nombreuses montagnes et relient les coins les plus reculés du pays, de grandes chaines hôtelières remplies de touristes se retrouvent implantées sur tout le territoire, la production nationale bat son plein, les racines des arbres de l’industrialisation se multiplient et se raffermissent, le nombre d’étudiants de pays voisins continue d’augmenter dans les universités du pays, de nombreux quartiers, autrefois des bidonvilles, ont aujourd’hui fait peau neuve et sont devenus alternativement des quartiers résidentiels, commerciaux et industriels suivant une urbanisation rationnelle, rigoureuse et créative, l’immobilier répond harmonieusement aux besoins d’une augmentation démographique contrôlée et à la protection de l’écologie du pays, les chercheurs haïtiens sont très respectés et courtisés dans les domaines des énergies vertes, le changement climatique et le numérique. Un nouveau plan de 15 ans, approuvé ponctuellement après des débats vigoureux par un Parlement intègre, dynamique et obsédé par le bien-être de la population, offre des opportunités à de nouveaux investisseurs qui ne s’inquiètent guère de possibles coupures de l’électricité encore moins d’une vague d’insécurité. L’armée et la police, qui autrefois brutalisaient la population au même titre que ces policiers américains, ont aujourd’hui harmonisé procédures et leur volonté de vraiment protéger et servir le peuple tout entier. Le Pays est paisible, propre et stable. Haïti est le Dubai de la Caraïbe.

Aussitôt, des Noirs Américains en proie au racisme et au profiling dans leur pays, allant du plus simple tel que George Floyd aux plus proéminents tels que les Oprah Winfrey, Mark Dean, Garcelle Beauvais, Eddie Murphy, Denzel Washington, Will Smith, Karl Labissière, Condoleeza Rice, Barack Obama, Brad Pitt, Wyclef Jean, Beyonce, Michael Jordan, Jason Pierre-Paul, William Joseph, Jimmy Jean-Louis, LeBron James, Naomi Osaka, Serena Williams, Collins Powell… et j’en passe, commencent à se présenter à l’Ambassade d’Haiti à Washington pour mieux comprendre cette nouvelle offre d’opportunités d’investissements offerte à des haïtiens-américains et à leurs frères et sœurs de la communauté afro-américaine qui ont une très longue histoire de coopération et de destinée commune, malheureusement très peu connue.

Le Président de la République, dans son discours, rappelle aussi à tous qu’Haïti a été le premier pays du nouveau monde à avoir cassé les chaines de la servitude et aider d’autres de l’Amérique à accéder à la liberté et à l’indépendance. Le Président souligne également que dans notre première carta magna, la fameuse Constitution impériale de 1805, tout esclave qui débarquait et foulait le sol haïtien, était automatiquement reconnu comme personne libre à qui le gouvernement haïtien immédiatement accordait avec sa protection, la nationalité haïtienne et des terres cultivables pour subvenir à leurs besoins.

A ce moment précis du discours, une tornade semblable à celle qui avait emporté Dorothée à Oz, aspira le Président, son Premier Ministre et tout leur gouvernement non pour les transporter vers Oz mais pour les déverser dans un marécage puant de boue, de détritus, de matières fécales. L’odeur nauséabonde et l’incroyable insalubrité du marécage me réveillèrent… C’est à ce moment que j’ai compris qu’il ne s’agissait que d’un rêve. Je ne saurai jamais exprimer ma profonde désillusion et ma déception. J’ai eu le sentiment de chuter du sommet du Kilimandjaro jusqu’aux tréfonds de la mer des Caraïbes.

Ce que je voyais dans mon rêve devrait être la situation réelle du pays si celui-ci, de son indépendance à nos jours, avait eu de bons dirigeants et que de nombreux Conzés n’avaient point facilité l’ingérence de plusieurs pays étrangers dans nos affaires internes. La vocation première D’HAÏTI était avant tout d’être une terre de liberté, un pays d’accueil et d’opportunités pour tous les opprimés en général et pour les Noirs en particulier. En 1804, Haïti était le seul pays du nouveau monde où tous ses habitants étaient déclarés égaux et libres. Malheureusement, la mauvaise gouvernance et les embargos imposés par des pays ennemis et amis ont fini par détruire notre pays physiquement et mentalement. Au lieu d’être cette terre d’accueil, Haïti est devenu celle que tous les Haïtiens veulent laisser et abandonner pour aller chercher ailleurs les possibilités de mutations sociales que nos dirigeants leur refusent. Nous sommes devenus aujourd’hui des errants, des parias, des méprisés, des laissés pour compte.

Nos dirigeants et les ennemis de la patrie nous ont tout enlevé, sauf ce passé de Grandeur, de Dignité, de Liberté. Au point qu’au lieu d’être le premier à manifester et à se positionner en première ligne contre le traitement atroce et sauvage qu’un policier blanc (Derek Gavin) a fait subir récemment à un Noir (George Floyd), Haïti se fait plutôt remarquer par son silence assourdissant et déconcertant.

Heureusement que notre passé inspire encore toujours de nombreux Pays africains et sud-américains. Ils parlent de nous, de ce passé, de notre épopée avec tant d’admiration, d’exaltation et de respect. Ils le célèbrent dans leurs livres, leurs danses, leurs universités, leurs rues qui portent les noms de nos propres aïeux et nous remercient de leur avoir appris la résilience, l’amour de la Liberté et de l’autodétermination.

Nous devons revisiter notre passé glorieux pour redécouvrir qui nous sommes, assumer notre vocation et notre destinée de peuple libre, fier, altruiste, généreux, travailleur et créateur de richesse. Esclaves, n’avions-nous pas créé une richesse fabuleuse pour nos exploiteurs et nos oppresseurs? Maintenant libres, qu’est-ce-qui nous empêche d’en générer pour nous-mêmes quand nous savons notre sous-sol riche de ressources minières ? Serait-ce une absence de grandeur d’âme, d’ingéniosité, de volonté, d’esprit d’entreprenariat et de vision ?

Nous devons repenser notre présent et préparer un meilleur avenir pour le pays, pour nos enfants et pour nous-mêmes. Nous devrions reprendre le flambeau là où nos ancêtres l’ont laissé et achever ce qu’ils ont commencé, à savoir faire D’HAÏTI un Grand Pays non pas mesuré à l’aune de sa superficie mais à celle de sa prospérité, de sa modernité, de son espérance de vie, de son taux d’alphabétisation et de ses possibilités d’ascension sociale. Ainsi, notre Pays cessera d’être la République des sinistrés, du désespoir, des assistés, des incapables, des indigents, des voleurs, des insensés, des corrupteurs, de l’argent facile, des injustices criantes, des échecs, des faillites, des taudis, de l’insalubrité, de « l’à peu prêt » , de « l’on verra », des absurdités, des imbécilités et des ONG. L’assistance étrangère n’a jamais conduit au développement encore moins à la création de richesse. Elle ne peut et ne doit être que de courte durée. Aucun pays n’a le droit de permettre que l’assistanat devienne ancré dans les mœurs et la mentalité de sa population.

Je rêve d’une Haïti que tous les Noirs du monde entier envieront et pourront prendre comme modèle de réussite parce qu’elle est respectée et traitée comme égale par toutes les nations de la planète. Ils désireront la visiter avec le sentiment d’y effectuer le pèlerinage essentiel de leur vie à la manière de la Mecque pour les musulmans, du Vatican et de Jérusalem pour les chrétiens et souvent avec le désir d’y rester pour vivre.

Cette Haïti est possible, d’abord en chassant du pouvoir les cancres à l’aide de notre bulletin de vote aux prochaines élections générales de cette année et, en étant très sélectifs et exigeants dans le choix prochain du Président de République. Tout débute là. Notre relèvement, notre prospérité, le procès Petro Caribe, la reddition des comptes, la fin de notre misère, de nos retards, de nos malheurs, de notre sous-développement n’en demandent pas moins. Tout est possible avec notre engagement, notre participation et notre détermination.

L’heure est venue d’ôter le genou des prédateurs économiques, politiques, domestiques et étrangers sur le cou d’une population au seuil de l’asphyxie totale au cours des dix dernières années. Qui sera ce nouveau Dumarsais Etismé ? Qui donnera aux Haïtiens des raisons d’être fiers de leurs dirigeants et de leur Pays et de vouloir y rester puisque les possibilités d’y vivre avec dignité, sécurité et richesse leur seront données et avec des garanties? La réponse est vôtre chers lecteurs et lectrices.

Père Jean-Miguel Auguste
miguelnov19@gmail.com