RÉFLEXIONS ET PROPOSITIONS POUR UNE VISION DE DÉVELOPPEMENT INSULAIRE AXÉ SUR LES OPPORTUNITÉS DES RELATIONS HAÏTIANO-DOMINICAINES

Leçons apprises des relations économiques et commerciales (Partie 2)

Dans la première partie de mes “Réflexions”, j’ai suggéré les leçons politiques à tirer, nous, Haïtiens, de la STABILITÉ POLITIQUE et de la MATURITÉ des Hommes et femmes politiques Dominicains, ayant permis l’avancement démocratique de leur pays. Leur exemple pourrait nous aider à sortir le nôtre du bourbier actuel caractérisé à la fois par des velléités autoritarismes, la mauvaise gouvernance, la corruption, la faiblesse, l’instabilité de nos institutions, l’amateurisme, l’immaturité politique et l’absence de conscience nationale ou de l’intérêt commun.

Dimanche dernier (5 juillet 2020), chez nos voisins, les élections présidentielles et législatives ont affiché un taux élevé de participation populaire. Elles ont été marquées par peu ou prou de violence. Les résultats finaux sitôt annoncés par la Junte Electorale, aucun réflexe de contestation immédiate ou d’affirmation automatique d’élection truquée n’a été noté. A contrario, la réaction et le comportement élégant des perdants témoignent de leur niveau de maturité politique, de leur civisme, de la fiabilité de leur système électoral, de l’indépendance, de la transparence et de l’honorabilité de leur Institution Electorale.

Les Dominicains, ce faisant, envoient un message fort et rassurant aux investisseurs étrangers et locaux que leur pays est un lieu stable pour recevoir et faire fructifier capitaux et affaires.

Aujourd’hui, poursuivant « Mes Réflexions sur l’Avenir d’Haïti » au regard des relations haïtiano-dominicaines, j’indiquerai en quoi les aspects économiques et commerciaux sont des leviers pédagogiques intéressants pour la planification du développement durable et intégral de l’île, particulièrement celle d’Haïti qui reste à la traine.

Nos pays sont issus d’une expérience coloniale qui orientait les bénéfices économiques uniquement vers la satisfaction des intérêts tantôt de l’Espagne ou de l’Angleterre, tantôt de la France, comme puissances métropolitaines. Mais lors de l’indépendance dominicaine, la rupture avec l’Espagne n’a pas été aussi brutale et radicale que celle entre Haïti et la France, une quarantaine d’années plus tôt, pour différentes raisons amplement développées par de nombreux historiens. Au moment de l’indépendance d’Haïti, les nouveaux dirigeants ont hérité d’un pays ravagé, dévasté et détruit par la guerre où il fallait mettre tout en œuvre pour rebâtir l’économie. Entre les rivalités politiques incessantes qui ont conduit à l’assassinat de l’Empereur Dessalines et divisé le pays entre le Royaume du Nord et la République de l’Ouest, nous n’avons pas su pérenniser la puissance économique de la colonie de Saint-Domingue. Notez que je me retiens de parler de la « perle des Antilles” qui n’avait existé que pour les colons car nos ancêtres, esclaves, vivaient l’enfer du Code Noir dans cette partie de l’île.

Des années plus tard, l’Haïti libre, morcelée en petites propriétés, a raté le train de la modernité économique pendant tout le XIXe siècle tandis que les Dominicains, mieux préparés, n’ont pas tardé, dès le début du XXe, à y entrer de plain-pied en favorisant le système de grandes propriétés et en accueillant sur leur territoire, de grands investissements étrangers dans la production sucrière et autres matières premières. En conséquence, le XXe siècle économique haïtien n’a pas su être meilleur que le précédent tandis que la République Dominicaine n’a cessé de progresser durant ce laps de temps pour devenir, vers la fin des années 80, l’un des grands producteurs mondiaux de sucre.

Malgré la création de richesses engendrée par cette monoculture, les leaders dominicains, sitôt compris que son maintien et celle du statu quo économique, seraient dommageables pour l’avenir, décidèrent, vers la fin des années 70, de diversifier leur économie, la transformant progressivement en des secteurs multiformes tels les services, les manufactures, la transformation des matières premières et l’exploitation progressive, méthodique et disciplinée de leur sous-sol, riche en or et autres minerais.

Ayant mis de l’ordre dans leurs finances et augmenté les recettes, nos voisins rendirent l’État à même d’entreprendre de gros travaux d’infrastructures routières, d’électrification des villes et villages, sans oublier la création des centres de santé, la construction de nombreuses universités et d’écoles professionnelles, permettant ainsi l’arrivée sur le marché du travail d’une main-d’oeuvre très qualifiée et de professionnels de haut niveau.

Aussi traversèrent-ils, sans anicroches, la crise économique rattachée à la monoculture sucrière, devenant même, depuis quelques années, la plus grande destination touristique de la Caraïbe.

En effet, selon Arecoa, le journal touristique officiel caribéen et latino-américain, au cours de la période allant de janvier à novembre 2018, la République voisine a accueilli 5 909 880 touristes, soit une croissance de 6,3% par rapport à 2017. Continuant à renforcer dans la région son leadership dans ce secteur, elle a reçu 3 575 298 touristes uniquement pendant la première moitié de 2019 avec un nombre record de 6,2 millions au total la même année, tandis que, placés en deuxième et troisième position, Cuba et Porto Rico, n’ont reçu respectivement que 3,9 et 3,2 millions.

Haïti est née avec une économie moribonde. Dessalines avait dû tout détruire pour chasser les Français de Saint Domingue et permettre la naissance de l’état d’Haïti. Convaincus de la défaite des troupes de Napoléon au cours de la guerre de l’indépendance, de nombreux colons avaient quitté l’île avec la main-d’œuvre qualifiée de la colonie pour se réfugier à Cuba et en Louisiane ce qui favorisait immédiatement l’essor économique de ces deux États.

Comme si ce n’était pas assez, aussitôt l’indépendance d’Haïti déclarée en 1804, les Etats-Unis imposèrent au pays un embargo commercial raciste et criminel de plus de soixante ans. Contrairement à la rupture entre la République Dominicaine et l’Espagne quelques années plus tard, celle d’Haïti et de la France est brutale et haineuse. Les relations entre ces deux derniers pays reprirent en 1825, suite à une indemnité de 150 millions de franc-or exigée et imposée, avec force menaces, par la France, dont le paiement, par notre pays, s’échelonnera sur plus de 150 ans. Et plus récemment, en 1991, les Nations-Unies assujettirent Haïti à un embargo impitoyable et injustifié de trois années, détruisant ainsi notre économie, déjà laminée. Nous payons encore les méfaits de cet embargo cruel basé sur les mauvais calculs et l’étroitesse d’esprit de nos politiciens d’alors. On ne fait pas cela à un peuple si meurtri et si désabusé.

Ces évènements, l’instabilité politique, la volatilité des prix des produits agricoles sur le marché international, la dégringolade de notre industrie touristique, le manque de vision de nos dirigeants et finalement l’effondrement de notre production nationale ont conduit à des rapports commerciaux déséquilibrés entre Haïti et la République Dominicaine et, tout naturellement, à notre dépendance vis-à-vis de la production nationale de cette dernière. Dépendance qui s’est ensuite accentuée puis devenue chronique depuis près d’une vingtaine d’années et ce, à plusieurs égards. Moult Haïtiens traversent la frontière pour s’y rendre, soit pour se faire soigner ou intégrer les Universités, soit pour travailler dans les champs agricoles ou dans le secteur de la construction ou encore pour acheter les produits qui leur font défaut.

Ainsi, selon les données officielles du ministère dominicain de l’économie, Haïti importe près d’une centaine de produits dominicains pour un montant dépassant annuellement le milliard de dollars américains. Entre 2000 et 2013, ces importations ont été multipliées par treize, atteignant un pic en 2014 de 1,423 milliards de dollars, tandis qu’au cours de cette même année, la République Dominicaine, bénéficiant quasi totalement du déséquilibre de ces relations commerciales, n’a importé d’Haïti que pour 4,6 millions de dollars.

Voilà en gros, le tableau des aspects économiques et commerciaux des relations haïtiano-dominicaines. Nous avons un voisin qui planifie et travaille fort pour tirer profit du vide grandissant, conséquence du déclin de notre production nationale, de l’instabilité politique, de l’absence de stratégie de croissance économique méthodique, d’une vision sclérosée de création de richesses et de diversification de notre économie.

Pourtant, il n’y a eu ni miracle économique du côté dominicain ni un déterminisme d’échec du côté haitien. Le secret de leur réussite réside dans la STABILITÉ POLITIQUE et dans une gouvernance moderne tournée vers l’avenir avec les yeux fixés sur les opportunités à saisir.

Aujourd’hui, le Président-élu de la Républicaine Dominicaine, l’économiste Luis Abinader, candidat du Parti Révolutionnaire Moderne (PRM) tout en exprimant à la Communauté Internationale ses inquiétudes par rapport à la crise politique haïtienne actuelle qui représente un danger migratoire pour son Pays, se montre clairement ouvert à la possibilité d’un renforcement de la coopération haïtiano-dominicaine pour un développement mieux équilibré de l’île.

Les questions fondamentales sont les suivantes : Quelle sera la réponse d’Haïti face à ces opportunités? Va-t-on continuer de laisser les choses suivre leur cours? Ou, allons-nous nous réveiller et, dans un sursaut collectif, tracer pour notre pays un nouveau destin plus sûr et largement plus prospère? Les réponses doivent venir d’un nouveau leadership bien plus conscient des vrais enjeux et perspectives des dimensions économiques et commerciales des relations haïtiano-dominicaines.

D’où l’impérieuse obligation faite aux décideurs et acteurs politiques locaux de ne pas engager le pays sur la voie incertaine et périlleuse d’une transition politique. J’en appelle au Président de la République, M Jovenel Moise, pour neutraliser et désarmer par tous les moyens nécessaires les gangs armés et freiner les dérives et les actions provocatrices de son gouvernement. Je lance également un vibrant et patriotique appel aux Leaders de l’opposition, afin qu’ils fassent preuve de magnanimité, de grandeur d’âme et de dépassement de soi pour aider à rétablir dans le Pays une atmosphère de sérénité et de confiance.

Ne commettez ni ne répétez surtout pas l’erreur « jusqu’où boutisme » des acteurs de 91 et 94 qui nous a valu un coup d’état stupide et inacceptable contre un Président fraichement et démocratiquement élu par la majorité populaire, un embargo dévastateur, le retour des soldats étrangers sur notre sol sacré, la dissolution de l’armée et tout le reste.

Réfléchissez, consultez les Sages, sondez votre esprit, interrogez l’Histoire et évitez l’irréparable. Aucun sacrifice n’est trop grand pour le sauvetage de la Nation. Aucun! Il faut à tout prix préserver la STABILITÉ. À ceux-là de l’opposition et de la société civile qui expriment leur juste méfiance face au système électoral et au Gouvernement, je n’ai qu’un conseil : UNISSEZ-VOUS, non seulement pour combattre et dénoncer mais aussi pour choisir des personnes indépendantes, sérieuses, intègres et patriotes pour devenir membre du nouveau CONSEIL ÉLECTORAL, aller et gagner les Élections en présentant en ordre rangé des candidats uniques à tous les niveaux pour ensuite diriger ensemble et sortir le Pays de l’impasse. Une opposition incapable de s’unir pour gagner les Joutes électorales et chasser démocratiquement les corrompus du pouvoir, n’est pas encore mûre ni préparée pour assumer et exercer le pouvoir Suprême.

Prenez l’exemple du Sénégal. Dans ce pays l’opposition était sincère et sérieuse dans son désir d’empêcher le clan Wade de se perpétuer au pouvoir. Malgré des divergences idéologiques, c’est la volonté d’améliorer les conditions de vie de la majorité des sénégalais, de projeter une image positive du pays, de créer de la richesse et des emplois, qui a porté l’opposition sénégalaise, malgré sa pluralité, à faire le sacrifice politique difficile et presqu’impossible de mettre en berne les égos des différents leaders pour se ranger derrière un seul candidat, Macky Sall, conduit à la présidence à travers une coalition électorale et un programme de redressement économique et politique. Le Benno Bokk Yakaar, qui se voulait une simple coalition électorale temporaire, a réussi à survivre à l’élection de Macky Sall en 2012 et existe encore huit ans plus tard en 2020.

Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour une défaite en règle et honteuse des “tèt kalé“ aux prochaines élections générales sauf que l’opposition tarde et hésite à le comprendre. On doit arrêter de jouer avec l’Avenir de ce Pays et de sa Jeunesse. Il est encore temps, librement, de faire le bon choix, sinon il nous sera imposé et le Pays alors de sombrer dans le chaos et pour longtemps.La crise a trop duré elle nous appauvri t de jour en jour. Comment le faire comprendre aux protagonistes?

Ici, s’achève la deuxième partie de mes Réflexions. Dans la troisième, je toucherai la problématique de la migration haïtienne dans les relations haïtiano-dominicaines, les avantages et inconvénients qu’ils présentent aux deux Pays, et les défis à relever.

Père Jean-Miguel Auguste
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