» Semble T-il L’haitien S’est Endormi Au Milieu De Ce Rêve Inachevé » ,Une Réflexion De Père Jean-Miguel Auguste

 » Je m’apprêtais ce matin à m’adresser aux leaders de l’Opposition Démocratique et à travers eux, au peuple haïtien, pour accorder une trêve au Président de la République à l’occasion de la Commémoration de la mort de
l’Empereur Jean-Jacques Dessalines assassiné lâchement et odieusement à Port-au-Prince le 17 octobre 1806  » .

<< Quand un ami m’informa que le Président, du Palais national et en direct, parlerait à la Nation et répondrait même aux questions de quelques journalistes, triés sur le volet, en cette circonstance , une inquiétude, doublée d’une angoisse m’envahirent tout de suite>>.

En effet, depuis quelques temps, dès que le premier mandataire de la Nation s’adresse à ses concitoyens, ses paroles et interventions maladroites ne font que jeter de l’huile sur le feu des manifestations que toutes les couches de la population organisent pour réclamer et exiger sa démission. Une seule question m’a taraudé jusqu’à l’heure de sa conférence de presse: allait-t-il, une fois de plus, rater l’opportunité de prononcer les mots qui conviennent, qui appaisent, qui
tranquillisent, qui rassurent et laissent entrevoir une lueur d’espoir à une résolution immédiate à la crise socio-politique qui sévit dans le pays et pousse les gens à manifester contre lui jour et nuit à Port-au-Prince et dans plusieurs villes de province? Allait-il, enfin, annoncer les mesures fortes et les grandes réformes nécessaires dans les administrations et les institutions publiques, l’équivalent d’une mise en accusation à la française de tous ceux et celles indexés dans les différents rapports et enquêtes par le Sénat, l’ULCC et la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif?

À cette phase du débat, les seules possibilité et stratégie seraient pour lui de trouver un modus vivendi avec l’Opposition Démocratique et de frapper des coups forts en coupant, de manière visible et fracassante, ses liens avec les secteurs mafieux qui pillent et volent le Pays depuis trop longtemps. Le Président de la République ne devait pas seulement se contenter de dénoncer, de se plaindre, de se lamenter et de demander au peuple de le regarder dans les yeux. Ki koze sa a mezanmi? Les yeux du Président seraient-ils des boules de cristal? J’en doute fort. Loin de là, ils ne sont que rouges par manque de sommeil. Cela démontre une preuve d’impuissance et de manque de volonté de sévir drastiquement contre tous les contrebandiers, tous les fraudeurs fiscaux et autres truands à col blanc de ce pays.Mais en fait, le Président n’est qu’une doublure et il se complaint et joue très bien ce rôle. Sinon il y a plein de choses déjà qu’il changerait dans ce Système qu’il dénonce et dont il est un produit et un bénéficiaire.

Il aurait pu demander à la justice d’enclencher des procédures accélérées pour faciliter le début du procès Petro Caribe dans la plus grande célérité.

Rien de tout celà ! Au contraire, malgré de nombreuses dénonciations, il a clairement suggéré qu’il n’était qu’une question de temps avant qu’un gouvernement soit installé pour que des accords signés avec des organismes internationaux (peut-être vrais ou fictifs, puisqu’il ne s’agissait seulement que d’une déclaration verbale) deviennent réalité.

J’ai aussi compris aujourd’hui dans l’intervention, dans les gestes, dans la posture et dans l’expression du visage du Président, un homme en détresse, pourchassé, perdu dans un monde qu’il ne maîtrise pas et qui lui échappe graduellement. Le Président est peut-être au bord de la dépression. Il a lancé, dans ses balbutiements et égarement, un appel au secours. Qui lui tendra la main? L’Opposition Démocratique pourra-t-elle se séparer de son entêtement et de sa volonté à vouloir à tout prix la tête du premier mandataire de la Nation ? Pourra-t-elle faire preuve de magnanimité et de grandeur d’âme pour sauver cet homme affaibli, édenté, en faisant avec lui un compromis historique, pour épargner ainsi au pays la énième transition et la répétition de l’expérience de Présidence et de Gouvernement provisoires, afin de cesser d’étaler au grand jour notre immaturité politique et notre conception nébuleuse du bien public? Doit-on vraiment réduire en cendres nos villes pour forcer Jovenel à abandonner le pouvoir?

Sommes-nous encore partis pour un autre 17 octobre dans la division et le « chire pite », dans le meurtre et l’assassinat?

Malgré ma grande déception après l’adresse du Président Jovenel à la Nation, au cours de laquelle il n’a même pas mentionné l’événement terrifiant, crapuleux et troublant de l’assassinat de l’Empereur au Pont-Rouge, je sens l’obligation morale et historique de convier la Nation à une trêve, à une pause, pour méditer sur les effets et les conséquences néfastes de ce crime patricide sur le Pays et sur chacun de nous.

Il est temps pour ceux qui réclament le leadership de l’opposition et qui accusent le Président d’en manquer, de mettre fin à une tradition néfaste qui s’installe dans nos moeurs et qui consiste à galvauder et à souiller toutes les dates historiques de cette nation, les vrais marqueurs de notre identité de peuple, tels que le 1er janvier, le 18 mai, le 17 octobre, le 18 novembre. En ce jour qui devrait être un jour de recueillement national et individuel, l’opposition se sent-elle vraiment différente de cet ex- Président qui avait travesti cette dâte en organisant un mini Carnaval, si elle investit les rues et que désordre, dérives et même morts d’hommes suivent ? Ajouter du sang au sang de l’Empereur, qui n’aurait jamais dû couler, est-ce le meilleur moyen de lui témoigner notre gratitude, notre respect, notre dévotion, notre volonté de lutter pour les descendants  » TOUS CEUX DONT LES PÈRES ÉTAIENT RESTÉS EN AFRIQUE? »

Il est temps de nous ressaisir tous, pouvoir et opposition, de cesser de nous laisser mener par nos émotions et nos rancoeurs fratricides et de nous rappeler qu’une nation est aussi faite de SYMBOLES et qu’on ne piétine pas et qu’on ne souille pas impunément. Nous avons trop souvent donné ce spectacle triste et affreux à nos enfants.

Le moment est donc venu de remettre nos pendules à l’heure et d’apprendre à tous nos citoyens et citoyennes et particulièrement à notre jeunesse, que nos SYMBOLES, notre patrimoine historique, culturel, immatériel, nos ANCÊTRES sont AU-DESSUS de nos désaccords et luttes politiques, tout comme l’éducation de nos enfants et petits-enfants. Même dans les pays en guerre, on ne ferme pas les établissements scolaires, on ne les brûle pas, tout comme on ne s’attaque pas aux hôpitaux.

Que cette année soit la dernière au cours de laquelle nous offrons un tel spectacle à la NATION et à notre JEUNESSE. Je demande alors humblement, à toutes les forces Morales, Spirituelles et Mystiques du Pays D’HAÏTI, de lancer une invitation et un appel solennels et pressants à tous les haïtiens et haïtiennes de la Diaspora et du Pays, au pouvoir et à l’opposition, en vue de s’assurer que pas une goutte de sang haïtien ne soit versé ce jour-là. Que ce 17 octobre 2019, les manifestations déjà programmées soient les manifestations les plus pacifiques jusqu’ici. Même plus que celles de dimanche dernier.

Et que le 17 octobre 2020 devienne OFFICIELLEMENT, pour HAÏTI, le jour de RÉPARATION et de PÉNITENCE, de SOLIDARITÉ et d’EXPIATION, de PARTAGE, de REPENTANCE, de PARDON et de MISÉRICORDE. Et désormais qu’il en soit ainsi chaque année.

Il n’y a et il n’y aura aucune excuse si ce jour de méditation profonde sur ce parricide, se retrouve ensanglanté.

Les hostilités pourront reprendre le lendemain même. Un jour de Paix ne changera en rien la destinée du Chef de l’État ni ne fléchira la détermination du SOUVERAIN. En fait, cette journée de recueillement et de méditation aurait dû servir de levain ou pour remobiliser les adversaires du Président ou alors comme stimulant pour entamer de vraies négociations entre celui-ci et l’Opposition Démocratique pour arriver à une solution durable de la problématique haïtienne. Une solution négociée et acceptable pour tous, est encore possible. Cette semaine même si les deux parties ne demeurent pas sur la corde raide.

Que l’âme du Père de la Patrie l’Empereur Jean-Jacques Dessalines repose en Paix par la miséricorde de Dieu.

Père Jean-Miguel Auguste
miguelnov19@gmail.com

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