Une catastrophe humanitaire sous silence

La vague massive d’immigrants haïtiens vers le Brésil a accouché d’une catastrophe humanitaire majeure qui s’étend sur un véritable couloir de la mort serpentant à travers plusieurs pays. En effet, largement désillusionnés par l’accueil qu’ils ont reçu au Brésil, des milliers de compatriotes paient jusqu’à cinq mille dollars américains pour s’engager dans un voyage des plus dangereux qui part du Brésil, et se termine au port d’entrée de San Ysidro, en Californie, pour les plus chanceux, au fond de l’océan ou dans les forêts perdues de l’Amérique du Sud pour d’autres.

L e port de San Ysidro, district de San Diego, en Californie, est un important point d’entrée où, depuis quelques années, des milliers d’immigrants se présentent pour formuler leur demande d’admission aux autorités migratoires américaines. C’est une porte d’entrée similaire à celle existant entre Ouanaminthe et Dajabon, et où les migrants font la queue du côté mexicain pour soumettre leur demande d’admission aux agents d’immigration américains. Jusqu’à tout récemment, cette porte d’entrée était presque exclusivement utilisée par les Mexicains. Depuis un certain temps, un nombre important de ressortissants d’autres nations, dont Haïti, est admis aux États-Unis à travers ce port. Aujourd’hui, d’après des informations recueillies par Le National auprès d’un ofciel américain, le tableau, par ordre d’importance, des migrants utilisant cette porte d’entrée, se présente comme suit : Mexicains, Guatémaltèques, Haï- tiens, Salvadoriens, Cubains, Honduriens, Ghanéens, Camerounais, Armé- niens, Népalais.

Le cas particulier des Haïtiens

Pour arriver au Mexique à partir du Brésil, les compatriotes empruntent un passage périlleux qui comprend une combinaison variable de traversées en haute mer dans des embarcations de fortune, de longs voyages terrestres en autobus et de marches à travers de longues distances dans des zones où l’hostilité des riverains le dispute à celle de la nature. Cette traversée les conduit à travers plusieurs pays, dont le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Panama, le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala, et fnalement, le Mexique (pas nécessairement dans cet ordre). Au cours de cette traversée, beaucoup d’entre eux meurent d’épuisement ou de maladies, certains sont noyés suite au naufrage de leurs embarcations, d’autres sont attaqués par des bêtes sauvages, alors que d’autres sont incarcérés par les autorités des pays de transit qui luttent contre la traite des personnes. Et ces compatriotes demeurent à la merci des autorités les détenant, souvent sans aucun secours d’organisations de défense des droits humains.

L’arrivée aux États-Unis

Une fois arrivés au Mexique, les migrants se dirigent vers San Diego où ils passent la frontière avec les États-Unis à travers la porte d’entrée susmentionnée. À ce stade, ils sont détenus par les autorités américaines. Dans le cas des Haïtiens (c’est aussi le cas pour les Cubains), ils sont généralement admis. Car les autorités américaines ont sursis à la déportation des Haïtiens. Une fois les compatriotes en terre américaine, leurs dossiers doivent être étudiés par les autorités. Environ cent cinquante Haïtiens se présentent au port d’entrée de San Diego tous les jours depuis mai. Une fois les migrants enregistrés par les autorités, on leur met un bracelet électronique GPS à la cheville, on leur délivre un permis de travail et un permis de séjour de deux ans, en attendant qu’un juge statue sur chaque cas individuellement.

Les éléments de la catastrophe

Cette situation est catastrophique à plusieurs niveaux. D’abord, dès le début de cette vague migratoire, on enregistre des pertes en vies humaines le long de la traversée. Maintenant, à cause du fait que ceux qui se présentent à la porte de San Diego sont tous admis aux États-Unis, les compatriotes résidant au Brésil qui hésitaient à s’embarquer dans l’aventure le font de plus en plus, d’où l’augmentation signifcative du nombre de ces migrants qui, si rien n’est fait immédiatement, risque de s’augmenter de manière exponentielle.

Les pertes en vies humaines risquent aussi de suivre cette courbe ascendante. Ensuite, des informations de sources généralement crédibles font état de naufrages provoqués le long du couloir. Embêtés par l’ampleur de cette migration massive, au moins deux des pays de transit suscités auraient donné l’ordre à leurs forces de sécurité de faire couler les embarcations de fortune transportant les migrants, et de faire tout ce qui est possible pour leur barrer la route. D’autre part, les républicains commencent à rendre responsable de cette crise l’indulgence de l’administration Obama qui sévit avec rigueur contre les criminels, mais tend à traiter avec mansuétude ceux qui risquent leur vie pour atteindre les cieux plus cléments des États-Unis sans violer d’autres lois que celles de l’immigration.

Finalement, certains responsables brésiliens se plaignent que les migrants, pour augmenter leur chance d’admission aux États-Unis, concoctent des histoires de persécutions qui ternissent l’image du Brésil.

En somme, cette crise afecte non seulement les familles qui ont perdu ou risquent de perdre des êtres chers au cours de la traversée du couloir de la mort, mais aussi la diplomatie haïtienne qui se trouve en proie à un phénomène majeur qui nécessite une intervention multiforme dans presque une dizaine de pays. Si rien n’est fait en amont, la foule qui se masse devant l’Ambassade du Brésil à Pétion-Ville risque de se densifer, et le drame humain, en aval, risque de s’intensifer.

Frandley Denis Julien

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