Université en Haiti : Où en sommes-nous en ce XXIème siècle?

En général, l’université est considérée comme la plus haute instance du savoir, le lieu où viennent se réfléchir toutes les problématiques de la société. C’est l’endroit où toutes les questions (même celles jugées taboues par la connaissance vulgaire) restent comme attendant à être prises en charge par le savoir scientifique. Ainsi, dans les pays avancés on se voit plonger dans la scientifisation de toutes les politiques: économiques. Environnementales, éducatives etc…Aux Etats-Unis il y a un mariage entre la défense et l’université dans le sens que cette dernière contribue au renforcement du système de défense à travers des recherches scientifiques et techniques en armement et autres. On parle également de science et technique qui deviennent la première force productive et c’est cette problématique qu’a développée Habermas depuis 1960 dans son ouvrage titré la technique et la science comme idéologie. Mais qu’en est-il pour nous autres en Haïti ?

Quelle est la position de l’université ici sur des problématiques comme : le débat des candidats aux élections ? L’interdiction de la festivité massimadi ? Notre fragilité environnementale ? Des recherches sur le cholera ? La crise de l’UEH ? Notre relation avec la folie etc..?

Quel rôle accorde-t-on à la technique dans le paysage scientifique haïtien (s’il en existe) ? Qu’est-ce que l’université, l’Etat, le secteur privé, la bourgeoisie, la société civile, les organisations de base, les paysans etc. au regard de la science et de la technique ? Dans quel secteur pourrait-on trouver un astrophysicien, un biochimiste, un astronaute, un météorologue etc…en Haïti ? Pourquoi ces questions ?

Parce que précisément nous vivons dans une époque où le savoir se technicise de plus en plus, ainsi les décisions politiques se voient dans l’obligation d’être techniquement scientificisées, pour rester dans la pensée de Habermas. D’autre part, nous savons que la vérité scientifique est une vérité qui s’établit techniquement. Voilà pourquoi les universitaires et chercheurs haïtiens doivent créer leur propre lieu dans les débats qui préoccupent la société actuellement car ces débats sont encore sous le despotisme des opinions.

 

Aujourd’hui, nous avons tout un monde de leaders d’opinion en guise de scientifiques. Ainsi la question de ce que doit-être l’université en Haïti semble évacuer les priorités et de l’Etat et des dirigeants d’ici. Il faut également poser la question du rapport que cette dernière (l’université) doit entretenir avec la société pour qu’elle soit le foyer ou le lieu même de la prise des décisions politiques. C’est là qu’il faut ouvrir le débat, il faut surement enquêter sur les professeurs qui ne peuvent rien produire, rien répondre par rapport à certaines questions qui rongent, divisent, fragilisent la société. Ils sont (professeurs, chercheurs et dirigeants) nombreux à discuter leur salaire avec l’Etat mais rare à produire des connaissances pour le changement de l’état des choses. Il faut du recyclage car certaines formations sont surannées.

D’autre part, Les affaires comme : les élections, l’éducation, l’homosexualité, l’environnement etc. Ce sont les affaires de la science, donc de l’université. Et par conséquent, ces problématiques-là doivent interpeller nos chercheurs, nos étudiants et professeurs. Ces affaires-là ne doivent pas être laissées tomber dans le champ des opinions et des frustrations. Aujourd’hui l’université, spécialement l’université de l’Etat d’Haïti doit avoir sa propre station de radio et de télé pour éclairer et guider le public, c’est un minimum…Ces quelques lignes n’est pas une plainte mais une invitation à tous ceux et celles (dirigeants, professeurs, étudiants, chercheur et autres) qui aimeraient avoir un débat sérieux sur ce que doit-être l’université en Haïti…

 

Nicodem Jean-Baptiste

Journaliste/Certifié en Psychologie

denzarahaiti@gmail.com

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