Le Personnel Infirmier Face Au COVID-19 Au Pénitencier National

La nouvelle est tombée comme un couperet auprès de l’opinion publique : les cas testés à la prison civile de Port-au-Prince sont positifs.

La Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) avait certes adopté des mesures pour tenter de contrer la contamination des prisonniers par le Covid 19.
Cette situation gravissime survient malgré le Plan de contingence de la DAP, malgré les efforts d’isoler les nouveaux incarcérés, malgré les mesures de prévention, l’instauration de points de lavage des mains, le triage verbal, la prise de température des détenus, les mesures de protection individuelle, malgré, malgré, malgré ! La pandémie a eu le dessus.
De rares signes avaient commencé à alerter le personnel soignant de Health through Walls qui y intervient depuis plusieurs années pour réduire la propagation des maladies sexuellement transmissibles dont le Sida, la tuberculose et les co-morbidités. A partir du jeudi 7 mai, le tableau clinique a évolué rapidement. Une équipe du même personnel soignant a constaté en effet, lors des consultations hebdomadaires de routine, une flambée de fièvre, de toux et de diarrhée parmi les détenus et elle prend note de deux décès avec des motifs très troublants. A l’évidence, le Covid 19 s’est infiltré. La réaction du personnel infirmier de Health to Walls fréquentant l’institution a été immédiate.
Les samedis 9 et dimanche 10 mai, une équipe du même personnel soignant s’est ainsi mobilisée au Pénitencier National pour détecter les cas suspects de Covid 19. En deux jours, plus de 1200 détenus ont bénéficié d’une consultation générale, dont 40 avec des symptômes très évocateurs.
Tous les citoyens et citoyennes connaissent les conditions désastreuses de détention des centres pénitenciers. Le personnel médical et infirmier de Health to Walls en ce week-end du 9 mai étaient armées de leur seule bonne volonté, de leur courage et leur esprit de sacrifice, dans un environnement déjà difficile : eau courante inexistante, salles de consultations sans intimité, température étouffante, promiscuité difficile à contrer, mais aussi une protection inadaptée aux conditions locales de travail. Ce personnel médical et infirmier a insisté, malgré les risques connus et encourus, malgré la désapprobation des membres de leur famille et de leurs amis, à effectuer leur travail et à offrir les services et dispenser les soins ces samedi 9 et dimanche 10 mai. Les infirmières ont alors fait preuve d’une conscience professionnelle remarquable. Par la suite, ces infirmières n’ont pas déserté mais ont été dans l’impossibilité technique de revenir travailler au centre de détention. Deux raisons en particulier expliquent leur absence à leur poste habituel. La première raison relève de la pénurie évidente de personnel de santé. Or, depuis le 9 mai, certaines des infirmières de Health through Walls étaient devenues potentiellement des contacts à risque. Conformément aux prescriptions du Ministère de la Santé, elles ont donc été contraintes à être mises en quarantaine mais sans pouvoir être remplacées. La seconde raison est que l’espace utilisé les 9 et 10 mai par les soignants est toujours en attente d’être décontaminé par les soins des autorités compétentes.
Pourtant, la période minimale de quarantaine à peine close, une équipe d’infirmières est revenue, ce vendredi 21 mai 2020, au Pénitencier, toutes avec leur courage et leur sens du devoir et conscientes des risques de santé qu’elles encourent et encourront à chaque fois. Elles ont pris soin ce 21 mai de plus de 200 patients parmi les détenus. Ces consultations ont eu lieu, à l’intérieur du Pénitencier, dans un endroit inadapté parce que l’espace le plus approprié n’est toujours pas décontaminé.
Il faut applaudir ces infirmières, en attendant le « ochan » public qu’elles méritent ! Face au Covid 19 et avec la DAP, priorité aujourd’hui aux soins aux détenus du Pénitencier national.