Les Réflexions Du Père Jean-Miguel Auguste Sur Les Prochaines Élections En Haïti

Beaucoup se prononcent aujourd’hui sur la date d’expiration du mandat du Président de la République. Certains le font en qualité d’experts en droit constitutionnel. Les partisans de Jovenel, eux, se prononcent en faveur du 7 février 2022 sans pouvoir expliquer leur viol de leur propre loi électorale, celle qui a conduit leur poulain à la première magistrature de l’Etat et qui a été votée par leur propre Conseil Électoral. La seule volonté dont peut faire preuve le PHTK serait-elle donc la déstabilisation du pays pour bafouer encore toute alternance politique? Est-ce que la seule volonté dont peut faire preuve le PHTK ne peut se manifester qu’à travers le chaos, comme celui déclenché pour arriver au pouvoir en 2011 et encore qu’il semble vouloir une nouvelle fois déclencher avant de le quitter en 2021?

Le PHTK et ses alliés politiques et de la société civile veulent garder le pouvoir jusqu’au 7 Février 2022 et au delà. Pour faire quoi? Pour que le taux de change passe de 106 gourdes à 200 gourdes pour 1 dollar, pour que le nombre de gangs armés continuent à augmenter exponentiellement à travers toutes les régions du pays, pour que la classe moyenne de ce pays disparaisse complètement, pour que nos enfants n’aillent plus à l’école, pour que Petro Caribe devienne un lointain souvenir, pour que la promotion de la corruption, la contrebande, la perversion et du mensonge et du trafic de stupéfiants et des vices soient érigés en nouvelles valeurs de cette société déjà moribonde?

La nature nous a apporté la Covid 19 et nous la surmonterons. Des prédateurs locaux et leurs alliés internationaux nous ont inoculé pendant près d’une décennie du virus PHTK. L’ union de toutes celles et de tous ceux qui aiment encore ce pays doit nous en débarrasser et doit nous permettre de vaincre ensemble avec l’unité dans la diversité très prochainement ce virus beaucoup plus néfaste que le Coronavirus.

D’un côté, si le PHTK persiste à vouloir violer sa PROPRE LOI ÉLECTORALE, votée par son propre CONSEIL ÉLECTORAL, le pays ne peut que s’attendre à des turbulences politiques et ses sous-produits d’affaiblissement continu des institutions, de décroissance économique, de dévalorisation continue de la gourde, d’augmentation de la corruption, de souillure de l’image du pays, de l’insécurité aggravée, de la perte d’une seconde année académique pour nos enfants et, en bref, d’un état irrémédiablement failli.

D’un autre côté, en criant haut et fort que le mandat de l’actuel président prend fin constitutionnellement le 7 février 2021, les grands ténors de l’opposition semblent satisfaits de cette simple proclamation au lieu d’étoffer cette déclaration d’une exigence constitutionnelle d’organisation d’élections ponctuelles. De plus, ils n’ont même pas la décence de dire à la Nation ce qui arrivera si cette exigence n’est pas respectée et que le président se retrouve obligé de partir de manière inopinée. Sur ce point, c’est l’incertitude la plus totale. C’est le « ON VERRA » à l’ haïtienne qui revient, comme toujours.

Dans l’hypothèse de la fin du mandat Présidentiel au 7 février 2021, l’Opposition Démocratique devrait exiger du pouvoir en place la formation d’un nouveau CEP de consensus pour organiser des élections générales à tous les niveaux, afin d’élire cet été, Sénateurs, Députés, Maires, Casecs, Asecs, puis cet automne, un nouveau Président qui rentrerait en fonction le 7 février 2021. A cet effet, au lieu de perdre du temps en déclarations fantaisistes à la Radio, les leaders de l’Opposition Démocratique devraient s’atteler à rencontrer les forces vives et saines de la Nation pour camper un Front Commun de Résistance ou de Concertation dont la mission noble et ultime serait d’identifier dans tout le Pays les meilleurs échantillons d’hommes et de femmes et les porter à se présenter comme Candidats aux prochaines élections générales, sur une liste unique. Une pareille initiative aurait la vertu de sélectionner les plus capables et les plus vertueux et de favoriser l’émergence et l’arrivée d’une nouvelle classe politique plus dynamique, plus innovatrice, plus idéaliste, plus osée, plus fougueuse, plus travailleuse et vaccinée contre la corruption, les coups bas, la fourberie, les trafics d’influence, illicites et surtout animée par la grande ambition de faire la différence et de lancer finalement notre chère Haïti sur les voies de la prospérité, de la justice sociale et du progrès humain.

C’est l’occasion pour l’Opposition Démocratique de permettre et de faciliter le renouvellement de la classe politique déjà vieille de 34 ans (1986 à 2020) en faisant appel à beaucoup de jeunes qualifiés. Ces derniers, imbus d’une vision moderne du développement et de la volonté de créer enfin un Etat/Nation ancré au niveau politique dans la bonne gouvernance, l’état de droit, de la reddition de comptes; au niveau économique dans la croissance économique, l’encadrement des PME, la revalorisation de la monnaie nationale, l’industrialisation, la création de richesse et d’emplois; au niveau social dans un retour aux valeurs du travail, de l’éthique, de l’intégrité, de la moralité, de la mutation et de la justice sociale.

Comment prôner la fin du mandat présidentiel le 7 février 2021 sans réclamer des élections générales avant cette date butoir ? Le faire, s’apparente à de l’incohérence et de l’irresponsabilité politique.

C’est encore une fois de plus lancer le Pays dans l’aventure et l’inconnu avec une éventuelle transition et un probable Président provisoire. De 1986 à nos jours, le Pays en a connu bien plus de Présidents Provisoires que de Présidents constitutionnellement élus. Et ceux-là ont toujours été récupérés par les oligarques et les forces réactionnaires de tous poils. Faut-il encore répéter ces mauvaises expériences et perpétuer les mêmes erreurs?

Pour moi, le Provisoire ne doit pas être une option puisque cette option n’a fait que du tort au pays. De plus, organiser des élections générales avec un Président provisoire à la Privert en 2021 alors que celles-ci devraient se tenir en 2020, ferait encore perdre à tous les nouveaux élus quelques mois de leur mandat. Comme tous nos politiciens le savent : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si le mandat du Président échoit le 7 février prochain, il faut des élections cette année et nous avons assez de temps pour les organiser en moins de neuf mois. Faisons montre de responsabilité et de sérieux. Diriger un Pays n’est pas un jeu encore moins une plaisanterie ou une blague. Cela demande et requiert compétence, sérieux, courage, volonté et discipline.

Le plus important aujourd’hui sont moins les dates du 7 février 2021 et du 7 février 2022, que mobiliser et rassembler tous ceux et celles qui souhaitent, réclament, se sacrifient et se battent pour qu’enfin notre pays puisse sortir du classement des pays plus corrompus, plus sales, moins développés et plus pauvres.

Le statu quo est inacceptable et le retour en arrière est impensable. Le devenir D’HAÏTI aujourd’hui est déjà entre les mains de cette Jeunesse rebelle et révoltée, des Patriotes et du peuple qui pendant ces deux dernières années ont manifesté et exprimé bruyamment leur ras-le-bol tout en réclamant le procès Petro Caribe et la modernisation du système politique haïtien.

Il est tant d’arrêter la destruction et la descente en enfer D’HAÏTI.

En attendant que la raison prime sur la folie et les ambitions des camps de 2021 et de 2022, en cette année 2020, tout en restant vigilants quant aux manoeuvres des politiciens traditionnels et véreux, protégeons-nous de la Covid 19 en nous lavant les mains, en portant nos masques en présence d’autres personnes et surtout en restant à la maison.

Père Jean-Miguel Auguste