Réflexions Du Père Jean-Miguel Auguste Concernant La Durée Du Mandat Des Élus En Haïti

Après que j’ai transmis un article de M Lemoine Bonneau, publié au Nouvelliste, relatif à l’expiration du mandat de nos élus : ASEC, CASEC, Maires, Députés, Sénateurs y compris celui du Président de la République, un ami voulait avoir mon opinion sur la question. Je lui ai prudemment répondu qu’il ne fallait pas faire de moi un “toutiste” à l’haïtienne à même de se prononcer tutti et orbi sur des sujets non maitrisés et dont j’ignorais totalement les tenants et aboutissants.

Au fait, en lieu et place de mon opinion personnelle, il fallait mieux se référer à la loi électorale de 2015 et, pour éviter tout abus de pouvoir, s’adresser directement au Conseil Électoral à même de préciser, à partir de son interprétation du Décret Electoral voté par le Parlement et publié par l’Exécutif au Journal officiel, la date exacte de fin de mandat de chacun de nos élus. Car ce n’est pas à chacun de se prononcer maladroitement et de manière partisane, sur une question d’une si grande importance. L’Institution du CEP, toujours en place, pourra dire le mot du droit sans ambiguité, sans parti pris et sans compromission. Quelle occasion en or pour les Membres dudit Conseil de se refaire une santé, de se racheter, de se donner et de se construire une certaine crédibilité.

Je comprends donc fort mal qu’aucun Parti Politique n’ait engagé une batterie d’avocats pour assigner et porter le CEP à clarifier, expliquer et fixer sans équivoque la date de fin de mandat de tous nos Elus, ce pour éviter tout dérapage ou usurpation de pouvoir. Nous reprochons souvent à nos Institutions de n’être pas à la hauteur ou de manquer d’efficacité sans réaliser toutefois que nous en sommes la cause première en prenant et en nous prononçant à leur place.

Cette question de date de fin de mandat de nos Elus relève d’abord et avant tout de la compétence exclusive du CEP. Et c’est pourquoi, aujourd’hui même et sans plus tarder, une correspondance doit leur être adressée par ceux que la question intéresse et préoccupe. Il y va de l’Avenir de la démocratie et du respect des lois de la République.

Le Pays est vraiment en manque de politiciens compétents et avisés, car rien n’explique qu’une question si capitale n’a jamais été portée par devant le Conseil Électoral. Cette mentalité de ON VERRA, de l’acceptation de l’À PEU PRÈS, d’ATTENDRE À LA DERNIÈRE MINUTE, nous empêche d’être pro-actifs, d’anticiper, de prévoir et de trouver les bonnes solutions et approches à nos problèmes.

Nous ne sommes ni clairvoyants ni prévoyants et c’est ce qui explique et provoque généralement nos malheurs sur les plans familial, professionnel et étatique. D’où l’urgente nécessité d’insérer dans nos moeurs politiques et sociétales le respect et l’application stricte de la Constitution, de nos lois et règlements pour éviter ces crises politiques incessantes, stupides et néfastes.

Parlant de crises politiques à répétition dans le pays, permettez-moi de sauter du coq à l’âne. Si la crise est aujourd’hui plus aiguë que d’habitude, sa gravité découle en partie de l’événement dont la mémoire nous hante encore, dix ans plus tard, je veux parler du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Sans vision, ceux qui étaient au pouvoir à cette époque n’ont eu ni la volonté, ni la capacité de reconstruire la capitale en fonction des normes parasismiques. Ce manque de vision, de volonté, cette incompétence, cette négligence et cette incapacité expliquent la présence de gangs armés un peu partout dans le centre ville en ruine de Port-au-Prince. Ces derniers ont exacerbé la crise politique actuelle et, dans un tel contexte, on se retrouve perplexe lorsqu’on sait qu’il existe une commission chargée de la reconstruction du palais national. Aurait-elle le culot de reconstruire un palais flambant neuf au milieu de toutes ces ruines et au beau milieu d’une ville sale, délabrée et désertique?

Oui à la reconstruction du Palais National mais dans le contexte de la reconstruction globale de la ville de Port-au-Prince, notre Capitale. Quelle mine d’or ce serait alors pour les entrepreneurs, architectes, ingénieurs et urbanistes. Quelle perspective ce serait pour les travailleurs et les chômeurs!

En revenant à notre sujet initial, le CEP aura-t-il de son côté, le courage d’exercer ses prérogatives ou jouera-t-il à Ponce Pilate? Rien n’est sûr, mais il faut accorder à cette institution le bénéfice du doute.

Encore une fois, nous conduisons le Pays, par notre amateurisme et nos inconséquences, au bord du gouffre et du précipice. Allons-nous tous nous y précipiter comme des moutons de Panurge ou y a-t-il moyen d’éviter le suicide collectif? Qu’on permette aux Arcs-en- Ciel qui symbolisent l’unité dans la Diversité et qui constituent le Petit Reste, de se reconnaitre, de se rassembler et de s’organiser pour faire barrage à cette catastrophe annoncée qui n’inquiète nullement les usés et les rusés toujours à la poursuite de leurs intérêts mesquins et qui ne rêvent que de compromis, d’accord politique et de partage de pouvoir comme toujours pour eux et pour les leurs.

Le moment est à la vigilance, à la sagesse, à la pondération et au relèvement de la Nation. Que ce devoir de mémoire que nous allons accomplir ce 12 janvier 2020 nous inspire à trouver des solutions pérennes pour enfin reconstruire ce pays matériellement, politiquement, économiquement, moralement, intellectuellement, culturellement et spirituellement.

Père Jean-Miguel Auguste

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